Une histoire du symbolisme en France et en Belgique

01 juillet 2010

La définition problématique du mouvement symboliste

Définir un mouvement littéraire et pictural comme le symbolisme reviendrait à essayer de capturer la lune. En effet ce mouvement, qui commence tout juste à sortir de l'oubli grâce aux travaux des chercheurs universitaires, n'a pas de définition particulière même si Jean Moréas  a tenté, dans Le Figaro du 18 septembre 1886, de proposer un Manifeste du Symbolisme dans lequel il explique que "la poésie symbolique cherche à vêtir l'Idée d'une forme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-même, mais qui, tout en servant à exprimer l'Idée, demeurerait sujette". Cette approche de la poésie, pour le moins hermétique et difficile à saisir vise à faire comprendre qu'une Idée pure est dépendante de son expression poétique, et que l'expression poétique elle-même serait la manifestation de l'Idée.

En d'autres termes, les symbolistes ne distinguaient pas la forme et le fond de leurs productions littéraires et voulaient faire une poésie avant tout expressive et sensible, loin de toutes les conventions métriques qui corsetaient selon eux le vers, comme l'exprime Francis Viélé-Griffin dans son "Au Lecteur" du recueil Joies en 1889 : " Le vers est libre;- ce qui ne veut nullement dire que le "vieil" alexandrin à "césure" unique ou multiple, soit aboli ou instauré; mais- plus largement que nulle forme fixe n'est plus considérée comme le moule nécessaire à l'expression de toute pensée poétique; que, désormais comme toujours, mais consciemment libre cette fois, le Poète obéira au rythme personnel auquel il doit d'être sans que M. Théodore de Banville ou tout autre "législateur du Parnasse" n'aient à intervenir".
L'auteur conclue même avec cette phrase qui tient de l'aphorisme " L'Art ne s'apprend pas seulement, il se recrée sans cesse; il ne vit pas que de tradition, mais d'évolution."

Le symbolisme serai-il alors un tournant dans l'esthétique poétique et littéraire ? S'opposant aux Parnassiens, aux Réalistes et plus encore aux Naturalistes, les Symbolistes explorèrent le monde des Rêves, de l'Imaginaire,  refusant l'évolution matérialiste, industriel et positiviste de la fin du XIXe siècle qui n'avait qu'à la bouche progrès et science : ils annoncent en quelque sorte les surréalistes du début du XXe siècle et sont à l'origine de ce qu'aujourd'hui il convient d'appeler "la poésie moderne".  

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Georges Rodenbach, Bruges-La-Morte

BrugesLaMorteEn 1892, le poète symboliste belge Georges Rodenbach, fait paraître un roman intitulé Bruges-La-Morte. Cette oeuvre, réputée pour être un roman symboliste, met en scène un héros masculin veuf : Hugues Viane. Venu s'installer à Bruges pour effectuer son veuvage, le personnage trouve dans la ville belge un reflet idéal à son paysage intérieur tourmenté par le chagrin  et les regrets d'un passé heureux, ainsi dès l'incipit le narrateur raconte que "c'est pour sa tristesse même qu'il l'avait choisie et y était venu vivre après le grand désastre." Lors d'une de ses promenades crépusculaires et quotidiennes, Viane fait une rencontre frappante, en effet "A sa vue, il s'arrêta net, comme figé; la personne, qui venait en sens inverse, avait passé près de lui. Ce fut une secousse, une apparition." Cette apparition, à la manière de celle de Madame Arnoux dans L'Education sentimentale de Flaubert, sera fatale pour le personnage. En effet, ce dernier voit alors en cette femme, qui répond au nom de Jane Scott et apparue devant lui comme un "songe", la réplique fidèle de sa propre femme défunte.
L'admiration que le personnage voue à Jane Scott l'entraîne vers une chute profonde et douloureuse des prises de conscience de la vanité humaine, du mensonge, des chimères de la vie. Jane Scott, actrice de métier, se laisse entretenir par le fidèle Hugues Viane aveuglé par son illusion et sourd aux rumeurs qui commencent à courir sur son compte dans la ville pieuse, dont les béguinages sont si célèbres à cette époque.
L'auteur, dans le chapitre VIII, se plaît à décrire le "visage de Croyante" de Bruges, visage contrastant avec la mine moqueuse et hypocrite de l'actrice; il offre au lecteur la description de la pieuse servante de Viane, Barbe, qui s'inquiète pour son maître "en état de péché mortel" et qui juge nécessaire de prendre conseil auprès d'un prêtre.

Cet entrelacement de la Ville, représentante à la fois de l'âme du héros, mais aussi de sa femme perdue et personnage à part entière, avec la cruauté d'une femme actrice, chantre de l'illusion et des chimères sont pour Rodenbach autant de prétextes pour l'exploration de l'âme humaine et de ses tourments. La spectaculaire fin à la fois morbide et théâtrale fusionne les deux seules femmes qui occupèrent le coeur du personnage. Le narrateur l'avoue lui-même : "Les deux femmes s'étaient identifiées en une seule.", cette phrase apparait comme une sentence qui annonce la conclusion du roman pénétrée de la folie du personnage en proie à un délire presque pathologique : "Et Hugues continûment répétait : "Morte...morte... Bruges-la-Morte..." d'un air machinal, d'une voix détendue, essayant de s'accorder : "Morte...morte...Bruges-La-Morte..." avec la cadence des dernières cloches, lasses, lentes, petites vieilles exténuées qui avaient l'air -est-ce sur la ville, est-ce sur une tombe? - d'effeuiller languissamment des fleurs de fer!"

Dans son avertissement, au début du roman, Georges Rodenbach précise qu'il a "voulu principalement évoquer une Ville, la Ville comme un personnage essentiel, associé aux états d'âme, qui conseille, dissuade, détermine à agir". Au delà de l'aspect poétique de ce postulat d'écriture, l'auteur met en évidence le caractère influent de l'environnement sur l'Homme, il pose alors la question suivante : " Un individu peut-il se départir de l'endroit dans lequel il réside?". Si la ville de Bruges a autant d'influences sur Hugues Viane c'est parce qu'il trouve des échos fidèles à ses réflexions intérieures dans les "quais, rues désertes, vieilles demeures, canaux, béguinage, églises, orfèvrerie du culte, beffroi" qui caractérisent la Bruges de la fin du XIXe siècle.

L'oeuvre, dans son édition Flammarion de 1892, est ornée d'un frontispice de Fernand Khnopff et agrémentée de trente-cinq illustrations. L'image du frontispice présente une femme allongée sur un lit moelleux entouré d'une végétation féminine. Les cheveux tombent sur la poitrine du personnage comme de minces filets d'eau rappelant l'arrière-plan de l'illustration qui représente un pont à Bruges. Les yeux fermée de la défunte laissent imaginer qu'elle est dans un paisible sommeil. Esthétisant ainsi la mort, le frontispice ne peut que rappeler le "mythe" d'Ophélie emprunté à Shakespeare par bon nombre de symbolistes.

Il est possible de trouver l'oeuvre sur Gallica à l'adresse suivante http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57844349.r=bruges+la+morte.langFR
Un article Wikipedia est également consacré au roman : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bruges-la-Morte


Source image, Bruges-La-Morte, Gustave Adolf Mossa : http://servat.rene.free.fr/mossa.htm

 

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Une Lecture, Théo Van Rysselberghe, 1903

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Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Theo_van_Rysselberghe_The_Reading_1903.jpg

L'homme présenté de dos, en costume rouge est Emile Veraheren faisant la lecture à ses amis artistes et scientifiques : Francis Viélé-Griffin, Félix Fénéon, Henri-Edmond Cross, André Gide, Maurice Materlinck, Henri Ghéon et Félix le Dantec.Ce tableau pointilliste de Théo Van Rysselberghe n'est pas sans rappeler celui d'Henri Fantin Latour intitulé Le coin de table (1872) célèbre pour représenter Arthur Rimbaud en compagnie de Paul Verlaine

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Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Henri_Fantin-Latour_005.jpg

Les surréalistes, eux aussi, eurent leur portrait de famille brossé par Max Ernst, Le rendez-vous des amis,(1922)

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Source :http://www.site-magister.com/surrealis.htm

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Serres Chaudes, Maurice Maeterlinck

9782070322459Avec un titre manifestement emprunté à Charles Baudelaire dans le poème "La Chambre double" (Le spleen de Paris, 1864) "Une senteur infinitésimale du choix le plus exquis, à laquelle se mêle une très légère humidité, nage dans cette atmosphère, où l'esprit sommeillant est bercé par des sensations de serre chaude", Maurice Maeterlinck fait paraître en 1889 un recueil de poésies intitulé Serres Chaudes dont le titre ne semble qu'annoncer  étouffement, suffocation, et mort. Paul Gorceix dans sa préface au recueil, édition Poésie/Gallimard, parle "d'analogie" voire même de "trouvaille" déclare même que "Spontanément,elle fait naître en nous l'image d'un monde clos, immobile et luxuriant à la fois.  Par la magie du titre, nous entrons de plain-pied dans le mystère de la vie profonde (...)"
Les poèmes ainsi réunis n'en sont pas moins étonnants, voire captivants. Le recueil commence par le poème éponyme au singulier : "Serre Chaude" et se clôt sur "Âme de nuit" alliant de cette façon l'obscurité de la nuit à la chaleur d'une serre en plein soleil évoquée par l'image de la serre.
Les titres des poèmes tournent autour de la notion de transparence ou d'obscurité, ainsi "Cloches de verre" côtoie "Offrande obscure" dans une parfaite association des contraires qui ne peuvent exister l'un sans l'autre.

(en rédaction)


Source : http://livre.fnac.com/a203134/Maurice-Meterlinck-Serres-chaudes-Quinze-chansons-La-Princesse-Maleine?PID=1

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